Türkiye, Ukrayna, Suriye ve Irak’ı limanlar, enerji hatları, kara yolu ve demir yolu güzergâhlarıyla birbirine bağlayan bölgesel ticaret ve lojistik koridorunu gösteren jeopolitik kolaj.

Retour turc à Lattaquié : l’Initiative des Quatre Mers est-elle en marche ?

Le retour de la marine turque à Lattaquié, après dix-huit ans d’absence, annonce une évolution qui dépasse le simple rapprochement militaire entre Ankara et Damas. Le processus de libre-échange avec l’Ukraine, le projet de gazoduc vers Chypre du Nord, la Route du développement irakienne et le corridor énergétique jusqu’à Ceyhan convergent désormais sur une même carte stratégique. Un éventuel accord de délimitation des zones maritimes entre la Turquie et la Syrie pourrait ainsi ouvrir le verrou est-méditerranéen d’un nouvel ordre commercial et énergétique reliant la mer Noire au golfe Persique.
Türkiye, Ukrayna, Suriye ve Irak’ı limanlar, enerji hatları, kara yolu ve demir yolu güzergâhlarıyla birbirine bağlayan bölgesel ticaret ve lojistik koridorunu gösteren jeopolitik kolaj.

La visite du commandant des forces navales, l’amiral Ercüment Tatlıoğlu, au port de Lattaquié à bord du TCG İstanbul ne peut être considérée comme un simple contact militaire. Le retour des navires de guerre turcs sur les côtes syriennes après 18 ans montre que la coopération entre Ankara et Damas se déplace de la terre vers la mer.

Retour turc à Lattaquié : l’Initiative des Quatre Mers est-elle en marche ?
Le commandant des forces navales, l’amiral Ercüment Tatlıoğlu, et la délégation qui l’accompagnait se sont rendus dans la ville syrienne de Lattaquié à bord de la frégate TCG İstanbul.

La restructuration de la marine syrienne, la sécurité portuaire, les systèmes de surveillance côtière et les programmes de formation conjoints pourraient figurer parmi les principaux domaines de coopération dans la période à venir. Mais la portée de la visite à Lattaquié ne se limite pas aux seules capacités militaires. Les investissements énergétiques sur les côtes syriennes, l’ouverture des ports au commerce régional et le statut juridique des espaces maritimes font également partie du même processus.

Après cette visite, la possibilité de signer un accord de zone économique exclusive entre la Turquie et la Syrie est revenue à l’ordre du jour. Aucun calendrier de négociation rendu public ni aucune frontière maritime convenue n’existent encore à ce sujet. Toutefois, lorsque les développements militaires, économiques et diplomatiques sont évalués ensemble, on constate que l’infrastructure menant à un tel accord se met progressivement en place.

L’idée de délimiter les zones de juridiction maritime entre la Turquie et la Syrie n’est pas nouvelle. Le ministre des Transports et des Infrastructures, Abdulkadir Uraloğlu, avait déclaré en décembre 2024 qu’un accord sur les zones de juridiction maritime pourrait être conclu entre les deux pays et que cette initiative pourrait également déterminer les limites des zones d’exploration pétrolière et gazière.

La coopération maritime amorcée à Lattaquié indique que cette option n’est désormais plus perçue comme une simple hypothèse théorique.

Un accord de ZEE pourrait ouvrir la porte maritime de la Syrie

La reconstruction de la Syrie ne dépend pas seulement de la remise en état des villes et des routes. La réactivation des ports de Lattaquié et de Tartus, l’ouverture du pays aux investissements énergétiques et son raccordement aux réseaux commerciaux régionaux revêtent également une importance majeure.

Pour cela, il faut d’abord assurer la sécurité maritime. Des années de guerre ont considérablement affaibli la marine syrienne, ses capacités de surveillance côtière et ses infrastructures portuaires. Avec son expérience maritime et son industrie de défense, la Turquie est l’un des partenaires régionaux les mieux placés pour combler ce vide.

Après la sécurité vient la clarté juridique. Si des recherches énergétiques doivent être menées au large de la Syrie, les zones de licence, les frontières maritimes et l’autorité d’exploitation des ressources doivent être clairement définies.

Un accord sur les zones de juridiction maritime entre la Turquie et la Syrie pourrait créer cette base. Une telle initiative ne se contenterait pas de tracer la frontière maritime entre les deux pays ; elle faciliterait aussi les investissements énergétiques, les projets portuaires et le commerce maritime.

L’accord pourrait également rendre plus difficile la conception de projets énergétiques et sécuritaires centrés sur Israël, l’Administration chypriote grecque du Sud et la Grèce comme si la Turquie et la Syrie n’existaient pas. De la même manière que le mémorandum Turquie-Libye a tracé une nouvelle ligne dans l’ouest de la Méditerranée orientale, un accord Turquie-Syrie pourrait produire un résultat similaire dans l’est de la région.

De l’Ukraine à Chypre du Nord, un nouveau réseau centré sur la Turquie

L’accord de libre-échange signé le 3 février 2022 entre la Turquie et l’Ukraine a été récemment approuvé par le Parlement ukrainien. Cet accord ne signifie pas seulement une réduction des droits de douane ; il pourrait ouvrir aux entreprises turques un vaste marché dans les secteurs de la construction, des transports, de l’énergie, de l’agriculture et de la logistique dans la reconstruction de l’Ukraine après la guerre.

Le réseau commercial partant de l’Ukraine pourrait rejoindre la Turquie via la mer Noire, puis s’étendre aux ports syriens et aux marchés du Moyen-Orient. Dans ce tableau, la Turquie ne serait pas seulement un pays de transit, mais pourrait devenir l’un des centres des flux économiques entre le nord et le sud.

Le volet méditerranéen oriental de ce réseau est renforcé par le gazoduc prévu vers Chypre du Nord. Après le mémorandum signé le 10 juillet 2026 entre la Turquie et la République turque de Chypre du Nord, les travaux ont commencé pour une ligne bidirectionnelle d’environ 101 kilomètres entre Anamur et Teknecik. L’objectif est de réduire les coûts de production d’électricité de Chypre du Nord et, à terme, de connecter l’île au commerce de l’énergie.

Le renforcement de l’intégration énergétique de la Turquie avec Chypre du Nord et le lancement, à la même période, d’une coopération maritime sur les côtes syriennes ne doivent pas être considérés comme des évolutions indépendantes. L’une consolide la présence physique de la Turquie au centre de la Méditerranée orientale, l’autre dans sa partie orientale.

La Route du développement irakienne pourrait devenir l’ossature sud de l’initiative des Quatre Mers

L’un des maillons les plus importants de ce tableau est la Route du développement irakienne.

Le projet vise à relier le Grand port de Faw, sur la côte du golfe Persique, à la frontière turque par un réseau ferroviaire et autoroutier d’environ 1200 kilomètres. Il prévoit ainsi le transport vers l’Europe, via l’Irak et la Turquie, des marchandises en provenance du Golfe et d’Asie. La Turquie, l’Irak, le Qatar et les Émirats arabes unis ont signé en 2024 un mémorandum quadripartite pour ce projet.

La Route du développement pourrait transformer le volet golfe Persique de l’Initiative des Quatre Mers en une infrastructure concrète. La ligne routière et ferroviaire qui reliera le port de Faw à la Turquie pourrait se connecter au nord à l’Europe et à la mer Noire, et à l’ouest à la Méditerranée via les ports syriens.

Le nouveau processus énergétique entre l’Irak et la Turquie renforce également ce corridor. Ankara et Bagdad se préparent à prolonger de 12 mois l’accord sur l’oléoduc Irak-Turquie, qui expirera le 27 juillet. La remise en exploitation durable de cette ligne, qui transporte le pétrole de Kirkouk et du nord de l’Irak vers le port de Ceyhan, pourrait renforcer le rôle de la Turquie non seulement comme pays de transit, mais aussi comme centre régional de distribution énergétique. Les deux pays discutent également d’options de coopération énergétique plus larges.

La porte énergétique de Ceyhan ouverte sur la Méditerranée, la connexion du port de Faw avec le Golfe et le réseau de transport terrestre de la Route du développement pourraient converger au sein d’un même système. Avec l’ajout des ports syriens de Lattaquié et de Tartous, une structure plus souple, dotée de points de sortie alternatifs et non dépendante d’un seul itinéraire entre la Turquie et l’Irak, pourrait émerger.

Cette flexibilité est l’un des principaux avantages de la Turquie. Alors que le pétrole irakien peut atteindre Ceyhan, la ligne Kirkouk-Baniyas, dont la relance entre l’Irak et la Syrie est discutée, pourrait également réintégrer les côtes méditerranéennes syriennes dans l’équation énergétique.

Les déclarations selon lesquelles les États-Unis soutiennent la relance de cette ligne montrent que la place de la Syrie dans les corridors énergétiques est jugée importante non seulement par Ankara, mais aussi par Washington.

L’Initiative des Quatre Mers offre le grand cadre

L’Initiative des Quatre Mers, qui prévoit de relier la mer Noire, la mer Caspienne, la Méditerranée et le golfe Persique par des lignes d’énergie, de commerce et de transport, fournit le cadre général de tous ces développements.

Bien que les racines de cette idée remontent à 2009, la guerre en Syrie et les conflits régionaux ont longtemps relégué le projet au second plan. Dans la nouvelle période, le rapprochement Turquie-Syrie, la Route du développement irakienne et la recherche d’itinéraires alternatifs par les pays du Golfe redonnent du sens à cette vision.

Lattaquié et Tartus pourraient devenir des ports reliant l’Irak et le Golfe à la Méditerranée. Ceyhan pourrait accroître son rôle de centre de distribution énergétique. La Route du développement pourrait acheminer le golfe Persique vers l’Europe via la Turquie. Le libre-échange avec l’Ukraine pourrait quant à lui renforcer le volet mer Noire du système.

Un accord sur les zones de juridiction maritime qui pourrait être conclu avec la Syrie pourrait également constituer la base juridique et sécuritaire de ce réseau en Méditerranée orientale. C’est pourquoi il serait réducteur de lire un éventuel accord uniquement comme une initiative développée contre l’axe Israël-Grèce-Chypre du Sud.

Le véritable enjeu est la tentative de la Turquie d’unir les mers, les ports et les routes terrestres qui l’entourent au sein d’un seul système géoéconomique.

Tandis que la Turquie mène ces initiatives stratégiques, ses concurrents ne restent évidemment pas inactifs. Mais le plus grand avantage de la Turquie réside dans sa position géostratégique unique et dans le fait qu’elle ne dépend pas d’un seul projet. Le commerce avec l’Ukraine, la Route du développement irakienne, la ligne énergétique de Ceyhan, le gazoduc vers Chypre du Nord et la connexion avec Lattaquié peuvent progresser séparément, puis converger au sein du même réseau. C’est pourquoi le modèle centré sur la Turquie apparaît plus flexible et plus réalisable que l’IMEC ou l’axe Israël-Chypre du Sud-Grèce.

L’Initiative des Quatre Mers pourrait ne pas être mise en œuvre intégralement à court terme. Mais si le flux énergétique de l’Irak vers Ceyhan se renforce, si la Route du développement atteint la Turquie et si les ports syriens rouvrent, Ankara ne sera plus seulement un pays de transit ; elle deviendra l’un des principaux centres déterminant l’orientation des routes commerciales et énergétiques de la région.

116
0
0

Vous avez aimé cet article ?

Soutenez le journalisme indépendant. Choisissez votre badge sponsor.

Autres articles

0 Commentaires
Le plus ancien
Plus récent
Soutenez mon travail indépendant
Choisissez votre badge et rejoignez les sponsors.
116
0
0

Soutenez mon travail indépendant.

Soutenez le journalisme indépendant. Choisissez votre badge sponsor.