Türkiye ve Mısır arasındaki savunma yakınlaşmasını yansıtan kolaj; merkezde iki ülkenin savunma yetkilileri, arka planda savaş uçakları, savaş gemileri, askerler, tank ve Doğu Akdeniz haritası yer alıyor.

Pourquoi le ministre égyptien de la Défense s’est-il rendu en Turquie ?

La visite à Ankara du ministre égyptien de la Défense, le général de corps d’armée Ashraf Salem Zaher, montre que la normalisation entre la Turquie et l’Égypte est entrée dans une nouvelle phase. Zaher s’est entretenu en tête-à-tête avec le ministre turc de la Défense nationale, Yaşar Güler, avant de participer à une réunion élargie aux délégations des deux pays. À l’issue des discussions, les deux ministres ont signé une lettre d’intention relative à la coopération en matière de défense. Ce document indique qu’après des années de confrontation, Ankara et Le Caire souhaitent désormais inscrire dans la durée non seulement leur dialogue politique, mais aussi leur coopération militaire et technologique.

Il serait toutefois erroné de penser que le ministre égyptien de la Défense s’est rendu en Turquie uniquement pour signer un document. Cette visite s’inscrit dans la volonté des deux pays de placer leurs relations de défense sur des bases structurées et durables. En juin, à l’issue de la réunion du Dialogue militaire de haut niveau Turquie-Égypte organisée au Caire, un protocole de coopération portant sur des activités conjointes et le partage d’expériences militaires avait déjà été adopté. La rencontre des deux ministres de la Défense à Ankara constitue ainsi la validation politique, au plus haut niveau, de contacts militaires qui se sont considérablement intensifiés en l’espace de quelques semaines.

La première raison de ce rapprochement concerne l’industrie de la défense. Grâce à ses capacités de production croissantes, qui vont des drones aux systèmes de guerre électronique, en passant par les munitions et les véhicules blindés, la Turquie peut devenir un partenaire important pour l’Égypte. De son côté, avec son armée nombreuse, ses infrastructures militaires développées et son vaste marché, l’Égypte offre de nouvelles perspectives aux entreprises turques. La volonté du Caire de réduire sa dépendance à l’égard des fournisseurs occidentaux, de diversifier ses sources d’approvisionnement et de renforcer sa production nationale rend également une coopération technologique et industrielle avec la Turquie particulièrement attractive.

Le deuxième enjeu majeur est le rétablissement de la confiance entre les forces armées des deux pays. En 2025, la Turquie et l’Égypte ont organisé, après treize années d’interruption, l’exercice naval conjoint « Mer de l’amitié ». En juin 2026, un exercice aérien bilatéral a eu lieu en Égypte, tandis qu’en juillet, des unités égyptiennes ont participé à l’exercice « Aigle anatolien » organisé en Turquie. Au cours de la même période, une activité d’entraînement conjointe baptisée « Aigle d’or » a également été lancée en Égypte. Cette multiplication des initiatives montre que la coopération ne se limite plus aux textes et aux protocoles, mais qu’elle se concrétise désormais sur le terrain.

Pourquoi le ministre égyptien de la Défense s’est-il rendu en Turquie ?
Les forces navales turques et égyptiennes se sont retrouvées dans le cadre de l’exercice « Mer de l’amitié » après treize années d’interruption.

La dimension méditerranéenne de cette visite ne peut pas non plus être ignorée. La structure trilatérale développée ces dernières années par la Grèce, l’administration chypriote grecque et Israël dans les domaines de l’énergie et de la défense a progressivement pris la forme d’un front visant à limiter l’influence de la Turquie dans la région. Bien que l’Égypte continue d’entretenir des relations avec ces trois acteurs, le renforcement de sa coopération militaire avec Ankara montre que Le Caire ne souhaite pas rester enfermé dans un axe unidirectionnel fondé sur l’opposition à la Turquie.

Il est encore trop tôt pour affirmer que l’Égypte a changé de camp ou qu’elle s’apprête à former une nouvelle alliance militaire avec la Turquie. Le Caire cherche plutôt à construire un nouvel équilibre avec Ankara tout en préservant ses relations avec la Grèce et l’administration chypriote grecque. Son objectif est d’élargir sa marge de manœuvre en collaborant avec le plus grand nombre possible d’acteurs. Pour la Turquie, l’essentiel réside dans l’affaiblissement progressif du bloc rigide qui cherchait à l’exclure de la Méditerranée orientale.

On ne peut pas encore dire qu’Ankara et Le Caire ont surmonté toutes leurs divergences, notamment sur la Libye et la délimitation des zones de juridiction maritime. Les deux pays ne permettent toutefois plus à ces désaccords de prendre en otage l’ensemble de leur relation. L’institutionnalisation amorcée dans le domaine de la défense montre que leurs intérêts communs commencent désormais à peser davantage que les tensions politiques du passé.

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