Türkiye haritası, sondaj gemileri, doğal gaz tesisleri, nükleer santral, petrol sahaları, madenler, güneş panelleri ve rüzgâr türbinlerinden oluşan enerji stratejisi kolajı.

La Turquie peut-elle transformer sa dépendance énergétique en puissance ?

L’offensive énergétique de la Turquie, de la Somalie à la mer Noire, de Gabar à la Libye, ne se limite pas à la recherche de nouveaux gisements de pétrole et de gaz naturel. Ankara veut surmonter la dépendance énergétique qui limite depuis des années sa politique étrangère et son économie, afin de devenir un pays qui recherche, produit, transporte des ressources et pèse sur l’équation énergétique régionale.
Türkiye haritası, sondaj gemileri, doğal gaz tesisleri, nükleer santral, petrol sahaları, madenler, güneş panelleri ve rüzgâr türbinlerinden oluşan enerji stratejisi kolajı.

La dépendance extérieure de la Turquie en matière d’énergie a longtemps été considérée uniquement comme un problème économique. Or l’enjeu dépasse largement la facture des importations. Un pays qui importe une grande partie de son pétrole et de son gaz naturel est directement affecté par chaque évolution échappant à son contrôle, de la hausse des prix internationaux aux guerres, des sanctions aux interruptions sur les gazoducs. Lorsque les prix de l’énergie augmentent, l’inflation progresse, l’équilibre du commerce extérieur se détériore, la compétitivité de l’industrie s’affaiblit et la marge de manœuvre en politique étrangère se réduit.

Le rappel du ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Alparslan Bayraktar, selon lequel la Turquie paie chaque année 60 à 70 milliards de dollars pour ses importations énergétiques ne renvoie donc pas seulement à un coût économique. Ce chiffre montre l’immense volume de ressources que la Turquie consacre au pétrole, au gaz naturel et au charbon d’autres pays au lieu de financer son propre développement.

La politique suivie aujourd’hui par Ankara se distingue nettement de l’ancienne conception de l’énergie. La Turquie ne veut plus être seulement un pays consommateur cherchant à acheter le pétrole et le gaz naturel dont elle a besoin à des prix avantageux. Elle vise à devenir une puissance énergétique multidimensionnelle : un pays qui mène des explorations sur son propre territoire, envoie des navires de forage en eaux profondes, obtient des licences dans d’autres pays, prend des participations dans des sites de production, construit des gazoducs, stocke du gaz, bâtit des centrales nucléaires et investit dans les technologies des énergies renouvelables.

L’indépendance énergétique dépasse les frontières de la Turquie

Le champ gazier de Sakarya en mer Noire et le pétrole de Gabar à Şırnak sont devenus les deux résultats les plus visibles du changement de mentalité dans la politique énergétique de la Turquie. La production lancée sur le champ de Sakarya doit être doublée d’ici la fin de 2026 et atteindre en 2028 environ quatre fois son niveau actuel. Selon le plan du ministère, le gaz de la mer Noire atteindra une capacité susceptible de couvrir les besoins d’environ 8 millions de foyers à partir du début de 2027, puis de 17 millions de foyers après 2028.

Le dépassement des 80 000 barils de production quotidienne de pétrole à Gabar constitue également un seuil historique pour la Turquie. Mais au regard de la consommation quotidienne de pétrole du pays, cette production ne peut pas, à elle seule, mettre fin à la dépendance extérieure. C’est précisément là que réside l’importance de la nouvelle stratégie d’Ankara : la Turquie ne lie pas son indépendance énergétique uniquement aux ressources qui seront découvertes à l’intérieur de ses frontières.

Le navire de forage en eaux profondes Çağrı Bey envoyé en Somalie symbolise cette transformation. Pour la première fois, la Turquie a affecté un navire de sa propre flotte de forage à une activité d’exploration en dehors de la “Patrie Bleue”. Les travaux qui seront menés dans les trois blocs maritimes attribués à la Turquie au large de la Somalie font d’Ankara non pas seulement un partenaire fournissant un soutien technique, mais un acteur qui recherche directement des hydrocarbures et ambitionne de participer à la production.

La Turquie peut-elle transformer sa dépendance énergétique en puissance ?
Long de 228 mètres, large de 42 mètres et haut de 114 mètres, le Çağrı Bey peut effectuer des forages jusqu’à 12 000 mètres de profondeur.

Les recherches sismiques prévues au Pakistan, les projets que l’on vise à concrétiser en Libye à partir de 2026, les initiatives de partenariat en Irak et les travaux prévus dans les zones économiques exclusives d’autres pays en mer Noire s’inscrivent dans la même stratégie. Si l’on ajoute à ce tableau les initiatives énergétiques de la Turquie en Syrie et dans le Caucase, on constate qu’Ankara cherche désormais à constituer un portefeuille énergétique étendu à une vaste géographie, et non plus limité à un seul site.

« Nous cherchons du pétrole en Somalie. Nous en chercherons au Pakistan. En Libye, en Syrie, en Irak, dans la géographie caucasienne, la Turquie déploie des efforts intenses et soutenus. Avec tout cela, si Dieu le veut, lorsque nous aurons mis fin à la dépendance extérieure, la Turquie deviendra un pays beaucoup plus fort économiquement, beaucoup plus prospère et développé. »

—Ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles Alparslan Bayraktar

L’indépendance ne passe pas seulement par la découverte de pétrole et de gaz naturel

Il serait incomplet d’évaluer l’indépendance énergétique de la Turquie uniquement à travers de nouveaux puits de pétrole et de nouvelles découvertes de gaz naturel. La véritable indépendance peut devenir possible grâce à la diversification, au stockage, au transport des ressources énergétiques et à leur transformation en technologie.

Après 2016, la Turquie a massivement investi dans une flotte de forage en eaux profondes et de recherche sismique. Le fait qu’elle possède aujourd’hui six navires de forage en eaux profondes ne traduit pas seulement une augmentation du nombre de navires, mais aussi la capacité d’assurer avec des moyens nationaux un service critique auparavant acheté à des sociétés étrangères. Pouvoir décider quand, où et avec quelle intensité mener les activités d’exploration, sans dépendre du calendrier d’autres entreprises, constitue l’infrastructure technique de l’indépendance énergétique.

« Aujourd’hui, la Turquie est un pays qui recherche du pétrole et du gaz naturel non seulement sur ses propres terres et dans ses propres mers, mais aussi à l’étranger. Avec nos propres navires, dont l’un s’appelle ‘Yıldırım’, nous disposons de 6 navires de forage en eaux profondes. La Turquie est le pays qui possède la 4e plus grande flotte au monde. Nous avons développé des capacités très importantes, surtout après 2016. Si je racontais les difficultés qui nous ont été opposées pour acquérir ces navires avant la tentative de coup d’État, ce serait encore un autre sujet ; mais avec détermination, nous avons dit : ‘Avec nos propres navires, nous ne laisserons aucun endroit en Turquie où nous ne soyons pas allés, où nous n’ayons pas cherché.' »

—Ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles Alparslan Bayraktar

Une transformation similaire est à l’œuvre dans le domaine du gaz naturel. La capacité de la Turquie à s’approvisionner en gaz auprès de plus de dix pays, ainsi que le fait qu’elle dispose, en plus du gaz acheminé par gazoduc, de terminaux de gaz naturel liquéfié et de navires flottants de stockage et de regazéification, réduisent sa dépendance à un seul pays ou même à une seule route. L’objectif est d’augmenter la capacité totale de stockage souterrain, qui atteint 6,3 milliards de mètres cubes dans les installations de Silivri et de Tuz Gölü, et de parvenir en 2028 à un niveau permettant de stocker au moins 20 % de la consommation annuelle.

La capacité de stockage est aussi importante que la production. Car le fait qu’un pays puisse acheter du gaz ne signifie pas qu’il pourra y accéder au moment où il en aura besoin. Les réserves appelées à intervenir en hiver, en période de guerre ou lors d’interruptions de gazoducs rendent l’approvisionnement énergétique plus résistant aux pressions politiques extérieures.

Les énergies renouvelables constituent également un pilier indispensable de cette stratégie. La puissance électrique installée de la Turquie a atteint 125 598 mégawatts en mai 2026. Le solaire représente 21,4 % de cette puissance installée, l’éolien 12 % et l’hydroélectricité 25,8 %. En revanche, le fait qu’en 2025, 33,6 % de la production d’électricité ait été assurée par le charbon et 23 % par le gaz naturel montre que la hausse des renouvelables dans la puissance installée ne se reflète pas encore dans la même mesure dans la production.

La Turquie peut-elle transformer sa dépendance énergétique en puissance ?
En 2026, la Turquie est devenue le cinquième pays d’Europe et le onzième au monde en matière de puissance renouvelable installée.

L’objectif de la Turquie de porter sa puissance solaire et éolienne installée à 120 000 mégawatts d’ici 2035, et d’atteindre 5 000 mégawatts dans l’éolien offshore, est donc crucial. Le solaire et l’éolien peuvent réduire les besoins en combustibles importés de la Turquie ; mais en raison du caractère intermittent de ces sources, les systèmes de stockage d’électricité, les réseaux intelligents et la production locale d’équipements doivent être développés au même rythme.

Dans le cas contraire, tout en réduisant sa dépendance au pétrole et au gaz naturel, la Turquie pourrait développer une nouvelle dépendance extérieure dans les technologies des panneaux solaires, des batteries, des turbines, des puces et des minéraux critiques. Le plus grand danger de la transition énergétique est que l’ancienne dépendance ne fasse que changer de forme.

Le gisement d’éléments de terres rares de Beylikova offre à cet égard une opportunité stratégique. Une ressource de 694 millions de tonnes y a été identifiée, et les préparatifs se poursuivent pour une installation industrielle prévue pour traiter 570 000 tonnes de minerai par an. Mais extraire le minerai du sol ne suffit pas. La véritable valeur ajoutée revient aux pays capables de séparer les éléments de terres rares, de les traiter à haute pureté et de les transformer en aimants, batteries, systèmes de défense ou produits de haute technologie. Le véritable objectif de la Turquie ne devrait pas être de devenir exportatrice de minerais, mais de bâtir une industrie de haute technologie à partir de ces ressources.

L’énergie nucléaire constitue une autre pièce de ce tableau du point de vue de la production électrique continue. Une fois achevée, la centrale nucléaire d’Akkuyu devrait produire environ 35 térawattheures d’électricité par an et couvrir près de 10 % de la consommation électrique actuelle de la Turquie. Les travaux menés pour de nouvelles centrales à Sinop et en Thrace, ainsi que pour de petits réacteurs modulaires, montrent qu’il est prévu que le nucléaire occupe à l’avenir une part plus importante.

La Turquie peut-elle transformer sa dépendance énergétique en puissance ?
La construction du premier réacteur de la centrale nucléaire d’Akkuyu était achevée à 99 % en 2026. L’objectif est que les quatre unités de la centrale fonctionnent à pleine capacité en 2028.

Il est toutefois évident qu’un programme nucléaire excessivement dépendant de la technologie, du combustible, du financement et du modèle d’exploitation étrangers ne garantira pas à lui seul une “indépendance totale”. Il faut développer les capacités d’ingénierie nucléaire, la connaissance du cycle du combustible, la chaîne d’approvisionnement nationale et les organismes de régulation. Le fait que la centrale soit construite en Turquie importe, mais il est tout aussi important de savoir quelle part de la technologie qui se trouve derrière cette centrale est apprise et produite par la Turquie.

En résumé, l’indépendance énergétique de la Turquie ne signifie pas qu’elle extraira tout son pétrole et tout son gaz naturel de son propre territoire. Un tel objectif n’est ni réaliste ni nécessaire dans les marchés énergétiques interconnectés d’aujourd’hui. La véritable indépendance consiste à ne pas être contraint de dépendre d’un seul pays, d’un seul combustible, d’un seul gazoduc ou d’un seul fournisseur de technologie.

L’opportunité qui s’offre à la Turquie est considérable : si les bonnes stratégies continuent d’être menées dans l’énergie, le pays pourrait devenir un État qui produit en mer Noire, extrait du pétrole à Gabar, fore en Somalie, prend des participations dans des champs en Libye et en Irak, transporte de l’énergie entre le Caucase et l’Europe, stocke du gaz, augmente sa capacité renouvelable, apprend la technologie nucléaire et transforme ses minerais critiques en industrie.

Mais pour que cela se réalise, les réserves annoncées doivent se transformer en production, les accords signés en partenariats durables, et le minerai extrait en produits de haute technologie. L’indépendance énergétique ne se gagne pas avec l’annonce d’une découverte ; elle se construit par des décennies de planification, d’investissement technologique et de détermination institutionnelle. Si la Turquie parvient à achever ce parcours, elle ne réduira pas seulement sa facture énergétique : elle cessera d’être un pays dont la carte énergétique environnante est dessinée par d’autres pour devenir l’un des acteurs qui tracent cette carte.

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