Sudan savaşını merkezine alan, Türkiye, Suudi Arabistan ve Pakistan’ın bölgedeki artan rolünü simgeleyen jeopolitik kolaj.

Le Soudan sera-t-il le premier véritable test de l’accord de La Mecque ?

L’accord de La Mecque, signé le 7 août entre l’Arabie saoudite, la Turquie et le Pakistan, a instauré un nouveau mécanisme de défense collective prévoyant qu’une attaque contre l’un des trois pays soit considérée comme une attaque contre tous. Pourtant, le premier terrain de coopération concrète de cette alliance pourrait ne pas se situer au Moyen-Orient, mais en Afrique. Selon le quotidien français Le Monde, le Soudan est devenu le premier théâtre où les intérêts des trois pays tendent à converger.
Sudan savaşını merkezine alan, Türkiye, Suudi Arabistan ve Pakistan’ın bölgedeki artan rolünü simgeleyen jeopolitik kolaj.

Depuis avril 2023, le Soudan est le théâtre d’une guerre opposant deux forces principales : les Forces armées soudanaises, dirigées par le général Abdel Fattah al-Burhan, et les Forces de soutien rapide (FSR), une organisation paramilitaire commandée par Mohamed Hamdan Dagalo, dit « Hemedti ». L’armée contrôle aujourd’hui Khartoum ainsi qu’une grande partie du nord, de l’est et du centre du pays, tandis que les FSR conservent une forte présence au Darfour et dans les régions occidentales. Le conflit a déplacé des millions de personnes et divisé de facto le Soudan en deux zones d’influence concurrentes.

C’est dans ce contexte que l’accord de La Mecque prend toute son importance. Celui-ci ne s’applique pas directement au Soudan, qui n’est pas membre de l’alliance trilatérale. Pourtant, dans une analyse publiée le 26 août, Le Monde présente la guerre soudanaise comme « le premier front du pacte de La Mecque ». Selon le quotidien, l’Arabie saoudite, la Turquie et le Pakistan auraient récemment renforcé leur soutien aux forces fidèles à Burhan. Riyad financerait notamment l’acquisition de drones de fabrication turque et d’armements pakistanais destinés à l’armée soudanaise.

Pour l’Arabie saoudite, une telle évolution marquerait un changement de cap significatif. Au début du conflit, Riyad avait tenté de jouer un rôle de médiateur entre les belligérants. En avril encore, Reuters rapportait que le royaume s’était retiré du financement d’un contrat d’armement entre le Pakistan et le Soudan, évalué à près de 1,5 milliard de dollars. Si les dernières informations du Monde se confirment, la politique saoudienne aurait donc connu une réorientation majeure en l’espace de quelques mois seulement. La création, le 17 août, d’un nouveau Conseil de coordination saoudo-soudanais témoigne également de la dimension politique de ce rapprochement.

L’importance stratégique du Soudan pour la Turquie

L’intérêt de la Turquie pour le Soudan est bien antérieur à la guerre actuelle. Ankara fut l’une des premières capitales à reconnaître le pays après son indépendance, en 1956, avant d’ouvrir son ambassade à Khartoum l’année suivante. Lors de la visite du président Recep Tayyip Erdoğan au Soudan en 2017, les deux pays avaient créé un Conseil de coopération stratégique de haut niveau et signé plusieurs accords dans les domaines de l’agriculture, de l’énergie, de la santé et de la défense. En 2024, le volume des échanges commerciaux bilatéraux s’élevait à environ 345 millions de dollars.

L’importance du Soudan pour la Turquie dépasse toutefois largement le cadre économique. Sa position sur la mer Rouge lui confère une valeur stratégique considérable. Dans le contexte de la présence croissante de la Turquie en Afrique de l’Est et dans la Corne de l’Afrique, le Soudan s’inscrit dans un corridor géopolitique plus vaste, reliant la Somalie à la mer Rouge puis aux pays du Golfe. La décision d’Ankara, en 2017, de participer à la restauration du port historique de Suakin, sur le littoral soudanais, fut l’un des symboles les plus visibles de cet intérêt stratégique.

Les contacts entre Burhan et Ankara se sont par ailleurs poursuivis. En juin, le président Erdoğan a reçu le dirigeant soudanais dans la capitale turque. À l’issue de cette rencontre, la Turquie a réaffirmé sa volonté de contribuer à l’arrêt des violences au Soudan, tout en annonçant que les deux parties avaient abordé le renforcement de leur coopération dans les domaines du commerce, de l’agriculture, de l’énergie et, plus particulièrement, de la défense.

Pour l’Arabie saoudite, l’importance du Soudan est directement liée à la sécurité de la mer Rouge. Riyad cherche à protéger ses vastes projets touristiques et ses infrastructures sur la côte saoudienne, tout en limitant l’influence croissante des Émirats arabes unis dans la région. Abou Dhabi est accusé depuis plusieurs années de fournir aux FSR un soutien financier et militaire, ce que les autorités émiraties démentent.

Le rôle du Pakistan est avant tout militaire. Islamabad ne dispose pas au Soudan d’intérêts géopolitiques comparables à ceux d’Ankara ou de Riyad. Néanmoins, l’importance de son industrie de défense et l’étroitesse de ses relations militaires avec l’Arabie saoudite pourraient en faire un maillon essentiel de l’approvisionnement de l’armée soudanaise en armements. Les trois composantes complémentaires de l’accord de La Mecque se retrouveraient ainsi réunies au Soudan : les capacités financières saoudiennes, les technologies de défense turques et le potentiel militaire pakistanais.

À court terme, un soutien coordonné des trois pays pourrait renforcer la position de l’armée soudanaise et contribuer à empêcher une fragmentation totale du pays. Cette stratégie comporte toutefois un risque majeur. Si un pouvoir établi à Khartoum et soutenu par la Turquie, l’Arabie saoudite et le Pakistan se retrouve face à des FSR continuant de bénéficier d’appuis extérieurs, la guerre pourrait, loin de se rapprocher d’un règlement, se transformer en un conflit régional par procuration de plus grande ampleur.

Le véritable test de l’accord de La Mecque au Soudan ne résidera donc pas dans la quantité d’armes que les trois pays pourront fournir à Burhan, mais dans leur capacité à convertir leur influence militaire en un règlement politique viable. Si le poids financier de Riyad, les relations étroites de la Turquie avec Khartoum et les canaux militaires du Pakistan peuvent être mobilisés conjointement afin d’obtenir un cessez-le-feu et d’engager une transition politique crédible, l’accord de La Mecque pourrait démontrer pour la première fois qu’il constitue davantage qu’un simple pacte de défense collective : il pourrait s’imposer comme un nouveau pôle de puissance capable de gérer les crises régionales.

Le Soudan ne serait cependant qu’un commencement. Comme le souligne également Le Monde, la même lutte d’influence s’étend déjà à la Somalie, au Somaliland et au détroit de Bab el-Mandeb. Dans une région de la mer Rouge où la Turquie et l’Arabie saoudite font face à l’influence croissante des Émirats arabes unis et d’Israël, le prochain test de l’accord de La Mecque pourrait se jouer sur un théâtre bien plus vaste, et potentiellement bien plus explosif, que le Soudan lui-même.

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